Mauriac en ligne

Search

Recherche avancée

Pour les étudiants

Référence : MEL_0176
Date : 20/01/1936

Éditeur : Le Figaro
Source : 111e année, n°20, p.1
Relation : Notice bibliographique BnF

Version texte Version texte/pdf Version pdf

Pour les étudiants

L’un des décrets-lois est passé presque inaperçu: le moins défendable. Les droits universitaires ont été accrus de 90% et quelquefois de 110%. Mais lorsqu’il s’agit des étudiants, les parlementaires ne s’émeuvent pas. Un politicien les définissait: “Des fils de famille armées de cannes plombées”.
Mais il arrive que pour payer la surtaxe de ses inscriptions, le “fils de famille” conduise un taxi la nuit, lave des voitures dans un garage ou des assiettes dans un restaurant. La famille dont il est le fils et qui, selon la formule, s’est déjà saignée aux quatre veines, lui déclare: “Débrouille-toi avec la même somme que l’année dernière.”
Et, sans doute, les jeunes gens sont débrouillards. La première idée qui vient à beaucoup, c’est d’emprunter. De notre temps, les garçons faisaient des dettes pour des personnes bien différentes de celles qui perçoivent les droits universitaires. Mais aussi noble que soit le motif de l’emprunt, il faut toujours rendre l’argent.
Beaucoup ont recours aux leçons particulières, mais le “tapir” se fait rare, d’autant plus rare qu’il est plus pourchassé. Aujourd’hui, les médecins eux-mêmes se plaignent qu’il n’y ait plus de malades. Les cancres imitent les malades: ils se passent de la science d’autrui. Et puis, par une déplorable rencontre, si les droits universitaires ont doublé, les leçons particulièrement sont tombées à quinze francs.
Aussi les plus débrouillards ont-ils recours à un moyen qui est à la portée de tous: ne faire qu’un repas par jour. Au lendemain de ces fêtes où les pâtés en croûte délabrèrent tant d’estomacs et où les personnes qui dînent en ville se sentent un peu surmenées, il n’est pas mauvais de rappeler qu’au quartier des Ecoles une partie de la jeunesse française ne mange pas à sa faim.
N’écartez pas cette triste pensée en vous disant: “Je n’y puis rien!” Il existe une Association d’entr’aide des étudiants de Paris dont je vous ai déjà entretenu l’an dernier. En trois mois, elle a distribué cinq bourses d’études, multiplié des secours de fin de mois, procuré du travail à plus de deux cents étudiants et son service médical est devenu très actif. Cela n’est presque rien si l’on considère l’étendue des besoins, et c’est pourquoi j’espère que, comme l’an dernier, et en plus grand nombre encore, vous entendrez mon appel.
Il dépend de vous de soutenir notre effort en assistant samedi prochain 25 janvier, à 21h30, à la Nuit des Lettres, au centre Marcelin-Berthelot, 28 bis, rue Saint-Dominique. Vous pourrez danser jusqu’à l’aube après avoir assisté à un spectacle magnifique: Serge Lifar, Sofia Boteni, Michel Simon, Danièle Parola, Suzy Vernon, Cinda Glenn, Renée Piat, Jacqueline Daix, Mona Goya, Arlette Marchal, Jeanne Helbing, Jako-Mika, Jean Marsac, Gilles et Julien, Jean Tranchant, Pierre Dac, Régine Paris, Jan Jac et Joc, Raymond Souplex, Ruth Harris, Roméo Carlès, Gabriello, G. Chepfer, Leila Bederkahn, Dangelys… nous ont assuré leur concours avec une générosité à laquelle la vôtre répondra, nous en sommes assurés. Il faut ajouter à ce magnifique programme: Les Blue-Bell Girls, Bouillon et ses Boys, Rosario et ses Argentins, A. de Scriabine et ses trente Cosaques balalaïkistes…
Les cartes sont en vente chez Durand, 4, place de la Madeleine; à la Sorbonne, salle 5, et au secrétariat de la Faculté des Lettres. Une entrée de cinquante francs donne droit au spectacle et au bal. Mais l’on peut assister à l’un ou à l’autre pour une moindre somme, et les étudiants bénéficient de prix spéciaux.
Il faut qu’au lendemain de cette soirée l’Entr’aide puisse multiplier les bourses de secours. Jamais autant qu’aujourd’hui les étudiants français n’ont mérité d’être soutenus. Pour nous surtout, à qui le départ fut si facile, il s’agit d’un devoir sacré.

Apparement vous ne disposez pas d'un plugin pour lire les PDF dans votre navigateur. Vous pouvez Télécharger le document.


Citation

François MAURIAC, “Pour les étudiants,” Mauriac en ligne, accessed May 11, 2021, https://mauriac-en-ligne.u-bordeaux-montaigne.fr/items/show/176.

Transcribe This Item

  1. GALLICA_Le Figaro_1936_01_20.pdf