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La Fausse victoire

Référence : MEL_0870
Date : 13/01/1939

Éditeur : Temps présent
Source : 3e année, n°61, p.1
Relation : Notice bibliographique BnF
Type : Billet
Version texte Version texte/pdf Version pdf

La Fausse victoire

Le 29 juillet 1830, Chateaubriand écrivait à Mme Récamier: “M. de Polignac est bien coupable. Son incapacité est une mauvaise excuse: l’ambition dont on n’a pas les talents est un crime.” En dépit de son apparente victoire, il a manqué au chef de la croisade espagnole, le talent de faire vite: le seul qui lui fût nécessaire et sans lequel tous les autres ne lui serviront de rien. “Trois ans de guerre civile! c’est donner aux esprits les plus légers beaucoup de temps pour la réflexion. La passion politique s’use; les injures, à force de servir, épuisent leur venin; la poussière du combat retombe et rien ne subsiste que les faits qui sont la matière de l’histoire. Les faits… et celui-là d’abord qu’avant même d’éclater, et dans la pensée de ses promoteurs, cette guerre civile fut une guerre étrangère.”
Il appartiendra aux historiens de faire la critique d’un document partout répandu aujourd’hui: le procès-verbal de l’accord conclu, dès le 31 mars 1934, à Rome, entre M. Mussolini et les représentants de la droite espagnole, Le Manchester Guardian du 7 mai 1937 en a reproduit le fac-similé.
Que cette offensive ne mette en ligne qu’un petit nombre d’Italiens, ce n’est pas ce qui importe et je m’étonne que Wladimir d’Ormesson insiste sur ce point. Ce sont les techniciens d’Italie et d’Allemagne qui auraient donné la victoire à Franco si, pour le malheur de la France, Franco devait l’emporter.
Les yeux s’ouvrent d’ailleurs. Dans mon courrier, les lettres anonymes se font rares, et il n’est pas jusqu’à son Eminence le cardinal Goma qui n’élève soudain une voix pleine d’angoisse: “L’Espagne ne retrouvera son union, écrit-il, que si un grand esprit de conciliation pénètre les âmes de tous les Espagnols. Bien plus que l’anéantissement de nos ennemis, nous demandons leur réincorporation au véritable esprit national en attendant, les bras ouverts, le jour où tous les Espagnols pourront se donner le baiser fraternel, comme fils d’un même Dieu et d’une même patrie.”
Nous nous réjouissons qu’un prince de l’Eglise préfère enfin à la guerre sainte, la Sainte Paix.

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Citation

François MAURIAC, “La Fausse victoire,” Mauriac en ligne, accessed November 27, 2020, http://mauriac-en-ligne.u-bordeaux-montaigne.fr/items/show/870.