Mauriac en ligne

Search

Recherche avancée

François

Référence : MEL_0865
Date : 09/12/1938

Éditeur : Temps présent
Source : 2e année, n°54, p.1
Relation : Notice bibliographique BnF
Type : Billet
Version texte Version texte/pdf Version pdf

François

“Que d’hommes admirables et qu’on ne connaîtra jamais!” Pour que nous sachions que le 11 novembre 1935 un enfant s’est endormi dans le Seigneur, comblé de tous les dons humains et de toutes les richesses de la grâce, il a fallu la présence d’un témoin, à la fois directeur et Père, et qui a recueilli les fragments de lettres et le journal publié aujourd’hui[1].
Le génie de ce jeune garçon erre de la philosophie aux lettres, de la musique à la peinture et ne se fixe pas. Tout ce qu’il voit et tout ce qu’il comprend, les idées invisibles et le monde des apparences, il le fixe en quelques mots saisissants, mais il lui arrive aussi de le dessiner; et le jour où ce petit provincial aurait été mis en contact avec la peinture moderne, peut-être son don essentiel se fût-il alors manifesté. Avant l’agonie, ce n’est pas une dernière parole, c’est un dernier dessin qu’il nous livre: ces quelques traits d’une main mourante (reproduite à la fin du journal), cet arc, cette flèche, cette croix, ce rien qui exprime tout, me persuade qu’il détenait le pouvoir de charger un simple trait de ce même mystère que Mozart exprime avec trois ou quatre notes.
Le témoignage en faveur du christianisme dont je vous parlais dans un Billet: cette présence visible de la Grâce dans une âme, il nous est donné ici, et avec quelle force de persuasion! Cet enfant doit mourir à dix-neuf ans, le temps est court, Dieu brûle les étapes. Nous voyons de page en page, et presque d’heure en heure, la connaissance tourner à l’amour, et l’amour atteindre à sa perfection.
Son directeur lui faisait confiance. Cet enfant philosophe et voué aux idées avait beaucoup lu, presque tout, sauf les niaiseries. Son directeur ne croyait pas que les livres niais fussent particulièrement destinés aux enfants catholiques. La pureté de François resplendit, mais elle n’est pas fondée sur le mensonge. En se livrant à Dieu, il n’ignorait rien de ce monde auquel, même vivant, il aurait sans doute renoncé, lui qui était né, pourtant, avec tous les signes de la domination.

Note de François Mauriac

  1. François, présenté par Auguste Vatensin (Plon, éditeur.).

Apparement vous ne disposez pas d'un plugin pour lire les PDF dans votre navigateur. Vous pouvez Télécharger le document.


Citer ce document

François MAURIAC, “François,” Mauriac en ligne, consulté le 20 février 2019, http://mauriac-en-ligne.u-bordeaux-montaigne.fr/items/show/865.