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Réflexions dans la jungle

Référence : MEL_0843
Date : 24/06/1938

Éditeur : Temps présent
Source : 2e année, n°34, p.1
Relation : Notice bibliographique BnF
Repris p.21-23, in Journal III, Paris : Grasset, 1937.
Repris p.215-216, in Œuvres complètes, XI, Paris : Fayard, 1950-1956.
Type : Billet
Version texte Version texte/pdf Version pdf

Réflexions dans la jungle

— Cette considération nous aide à supporter certaines injures: “Je ne mérite pas ce reproche que l’on me fait; mais il en est d’autres que je mérite et que l’on ne me fait pas.”
— Nous pouvons porter à un compte débiteur qui n’est connu que de nous des perfidies qui nous étonnent d’abord plus qu’elles ne nous affligent. Toute injure nous est due…
— Il arrive que ce que nos ennemis écrivent de nous soit plus vrai qu’ils ne l’imaginent, mais sur un plan qu’ils ne connaissent pas.
— Il est curieux de les voir chercher un terrain d’attaque très loin souvent du point précis où est situé le débat: notre œuvre littéraire leur paraît trouble et dangereuse depuis que nous nous sommes efforcé de juger certains événements d’un esprit non prévenu.
— On devient à leurs yeux l’homme “qui ne joue pas le jeu”; on viole le pacte non écrit qui lie les gens d’une certaine caste, d’un certain monde; on devient celui contre qui, s’il s’obstine, tout sera permis.
— Ils ne croient pas être injustes: un privilégié, selon eux, ne doit pas faire le jeu de ceux qui luttent contre les privilèges. Cette loi de la jungle du monde a quelque fondement. Mais ne peut-on crier certaines vérités, du fond de sa réussite, comme un prisonnier à travers des grilles d’or?…
— Qu’ils se rassurent: le dernier mot appartient presque toujours aux possédants. L’instinct de propriété l’emporte sur les colères, sur les révoltes des classes pauvres. L’homme qui a un trésor veille, et presque toujours “tient le coup”.
— La fureur des pauvres retombe vite. Les politiciens de gauche l’utilisent, en règlent le débit. Cette nappe de misère qui alimente tant de moulins rivaux…
— Tout à coup, chez ce garçon gentil, le grognement, l’œil mauvais de celui qui croit son os menacé…
— La leçon de Bernanos: la férocité est la chose du monde la mieux partagée.
— Je n’avais pas d’ennemis quand les autres m’étaient indifférents.
— Cette paix que le monde ne donne pas, et contre laquelle il demeure sans pouvoir… Cette paix qui n’a d’autre ennemi que nous-même…

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François MAURIAC, “Réflexions dans la jungle,” Mauriac en ligne, consulté le 18 juillet 2019, http://mauriac-en-ligne.u-bordeaux-montaigne.fr/items/show/843.