Mauriac en ligne

Search

Recherche avancée

La Charité est née…

Référence : MEL_0817
Date : 24/12/1937

Éditeur : Temps présent
Source : 1e année, n°8, p.1
Relation : Notice bibliographique BnF
Type : Billet

Description

Malgré la fièvre consumériste de la période de Noël, François Mauriac relève que la fête de la naissance de "l’Enfant" Jésus perpétue dans le monde l’Espérance et la Charité.

Version texte Version texte/pdf Version pdf

La Charité est née…

Cette fièvre de plaisir en ce moment de l’année, les fleurs aux devantures, tant de victuailles accumulées pour les goinfreries d’une seule nuit, témoignent d’un monde qui, ayant, perdu la mémoire, cède à une réminiscence obscure et fait des gestes dont la raison profonde lui échappe.
Il sait vaguement qu’il est arrivé quelque chose d’heureux, qu’ “une immense espérance a traversé la terre”, mais quelle espérance? Si vous interrogiez au hasard quelques-uns de ses soupeurs, si vous arrêtiez les gens sur les boulevards pour leur demander compte de cette espérance, et pour qu’ils vous rendent raison de leur joie, vous vous heurteriez à un sourire moqueur, à un haussement d’épaules… Tout ça, c’est de vieilles histoires auxquelles on ne croit plus, bien sûr… Mais surtout de vieilles histoires qu’on ne connaît pas, parce qu’on ne les a jamais apprises.
Un de mes amis, en Provence, a entendu un homme demander à son camarade, devant une croix de mission plantée au bord de la route: “Qu’est-ce que ça représente?…” Quel est ce petit Enfant adoré depuis tant de siècles et dont la Nativité, chaque année, même aux époques les plus sombres et les plus sanglantes, oblige les peuples à manifester de la joie?
Cette espérance qu’on n’arrive pas à tuer, et qui sans cesse, coupée et détruite, repousse, refleurit, elle est le bien le plus précieux des pauvres hommes. Ils savent qu’au moins cette nuit, ils ont le droit d’être heureux… Heureux? Et comment le seraient-ils, sinon en mangeant et en buvant? Ils ignorent tout de ce petit Enfant, et surtout que son secret est un secret de bonheur où il s’agit aussi d’un breuvage et d’une nourriture, d’un pain rompu, d’une coupe offerte…
Pourtant ils en savent assez, pour être meilleurs cette nuit-là, plus tendres avec les leurs, plus enclins à l’aumône. Même s’ils l’ont oublié, ils sentent profondément que Noël, c’est la nuit où la charité est née. Ô racine qui ne pourra plus être extirpée! Semence que l’ennemi ne détruira pas, en dépit de son apparente victoire! Parce qu’un Enfant est couché dans la paille, depuis le règne d’Auguste, aucune Révolution ne pourra plus faire, de ce monde, un monde sans charité.

Apparement vous ne disposez pas d'un plugin pour lire les PDF dans votre navigateur. Vous pouvez Télécharger le document.


Collection

Citation

François MAURIAC, “La Charité est née…,” Mauriac en ligne, accessed October 1, 2020, http://mauriac-en-ligne.u-bordeaux-montaigne.fr/items/show/817.