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Une enfance provinciale: Bordeaux (I)

Référence : MEL_0732
Date : 12/12/1925

Éditeur : Revue hebdomadaire
Source : 34e année, n°50, p.131-149
Relation : Notice bibliographique BnF
Repris avec quelques variantes in Bordeaux, Paris : Emile-Paul, 1926.
Extrait repris p.15-24, in "Bordeaux", Tryptique, n°40, 1930.
Repris avec le titre "Bordeaux ou l'adolescence" :
in, p.67-130, Commencemet d'une vie, Paris : Grasset, 1932.
in, p.42-69, Ecrits intimes, Paris-Genève : La Palatine, 1953.
in, p.153-176, Oeuvres complètes, IV, Paris : Fayard, 1950-1956.
in, p.89-110, in Oeuvres romanesques et théâtrales complètes, 5, Paris : Gallimard, 1978-1985.
Repris p.7-43 in, Bordeaux : une enfance, Bordeaux : L'esprit du temps, 1990.
Type : Témoignage
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Une enfance provinciale: Bordeaux (I)

A la mémoire de mes amis bordelais:
Edouard Adet, André Lafon,
Jean de la Ville de Mirmont, Jacques Rivière.[1]

Cette ville où nous naquîmes, où nous fûmes un enfant, un adolescent, c'est la seule qu'il faudrait nous défendre de juger: elle se confond avec nous, elle est nous-mêmes; nous la portons en nous. L'histoire de Bordeaux est l'histoire de mon corps et de mon âme.
Un étranger attend que je décrive le Grand Théâtre de Louis, la Bourse de Gabriel; mais ma petite enfance souffre dans la sombre rue du Mirail, du côté de la Grosse Cloche; et j'en poursuis le fantôme pitoyable dans la brume de ces quartiers morts. J'y erre aujourd'hui parmi des décombres connus de moi seul.
Les maisons, les rues de Bordeaux, ce sont les événements de ma vie. Quand le train retentit sur le pont de la Garonne et qu'au crépuscule j'aperçois tout entier l'immense corps qui s'étire et qui épouse la courbe du fleuve, j'y cherche la place, marquée par un clocher, par une église, d'un bonheur, d'une peine, d'un péché, d'un songe. Bordeaux, c'est mon enfance et mon adolescence détachées de moi, pétrifiées. Voici l'endroit de ma candeur première, voici le lieu où je fus pur: le vaisseau de la cathédrale se lève au-dessus des toits dont l'un abrita ma vie commençante. Jusqu'à ma vingtième année mon destin tenait dans cette ville et dans sa campagne; il en a épousé strictement les contours. Une muraille de la Chine séparait pour moi la Guyenne du reste de l'univers. Mes frères et moi ne voyagions guère plus que n'avaient fait nos grands-parents, du temps des diligences; le chemin de fer n'allait pas pour nous au delà des propriétés où mon père, jeune homme, se rendait sans peine à cheval “en poste douce”.
M'en plaindrai-je? Un grenier suffit à Rimbaud enfant pour connaître le monde et illustrer la comédie humaine; il m'a suffi de cette ville triste et belle, de son fleuve limoneux, des vignes qui la couronnent, des pignadas, des sables qui l'enserrent et la font brûlante, pour tout connaître de ce qui devait m'être révélé. Où que j'aille désormais, au delà des océans et des déserts, mon miel aura toujours le goût de la bruyère chaude, en août, quand l'appel du tocsin et l'odeur de la résine brûlée interrompaient mes devoirs de vacances. Quelque douleur qui m'attende encore, je sais que je l'ai par avance connue dans la clarté mortelle des jours où je devins un homme, sur cette terrasse, à quarante kilomètres de Bordeaux, près d'un calvaire. Plusieurs, qui admirent ou haïssent notre étoile levée, flattent en nous un beau destin commençant; mais nous savons, au plus secret de notre âme, que tout est déjà fini: notre enfance à Bordeaux fut une préfiguration.
Une muraille de la Chine... Mais de ce petit pays qu'elle délimitait, je me souviens comme d'un monde aux nombreux climats différents, chacun ayant son ciel, ses fleurs, ses bêtes, son atmosphère. L'Aquitaine était bien plus vaste à mes yeux que ne l'est la terre entière pour le héros qui, le matin, déjeune à Paris, et qui, le soir, descend de son avion sur un champ de Moscou. Sa machine rétrécit misérablement la planète, tandis que mon cœur créait, dans son étroit domaine, toute une voie lactée d'univers.
De la ville seule, je ne saurais dénombrer tous les visages. Le quartier de la Grosse Cloche avec la rue du Mirail où je fus, à cinq ans, chez les sœurs, puis à l'institution Sainte-Marie, ressuscite une figure chétive d'enfant que les maîtres n'aimaient pas (l'enfant a autant besoin que l'homme d'être beau pour être aimé). Terreur des leçons pas sues, des devoirs pas finis, angoisse d'être interrogé, d'être appelé au tableau, de recevoir en pleine figure la balle au jeu de la balle au chasseur; supplice qu'à l'âge d'homme on ne supporterait plus, des pieds brûlés par les engelures dans de gros souliers humides; enfin délivrance à six heures et demie; aujourd'hui encore, quand six heures et demie sonnent, il m'arrive de saluer cette venue du soir qui dénouait autrefois mes bandelettes et soulevait la pierre de mon tombeau; je remonte la rue du Mirail sous la pluie ou sous les étoiles, le cours Victor-Hugo (mes parents l'appelaient encore cours des Fossés), la rue Duffour-Dubergier; un peu avant d'atteindre la Tour Pey-Berland et la cathédrale, je me haussais jusqu'à la sonnette d'une maison: celle de ma grand'mère, et où ma mère veuve s'était retirée. Dans l'escalier, une odeur de gaz et de linoléum me plaisait mieux qu'aucun parfum; de marche en marche, je me rapprochais de mon bonheur, de mon amour, de ma mère; du livre interrompu, du long repas sous la lampe; de la prière récitée en commun; du sommeil.

Cette odeur de gaz et de linoléum évoque aussi pour moi les départs vers des pays aussi exotiques, aussi singuliers à mes yeux d'enfant, que l'Inde ou que la Chine: Gradignan, où ma grand'mère pendant la saison chaude résidait, n'est pourtant qu'à sept kilomètres de la ville. Nous nous entassions dans un landau; on plaçait le seau de la bombe glacée à côté du cocher. Nous franchissions les boulevards à la Croix de Saint-Genès; nous suivions cette route d'Espagne que suivirent à travers l'histoire les pèlerins de Compostelle. C'était en juillet, à l'époque des compositions générales, des examens de fin d'année; à travers ces suprêmes obstacles, les grandes vacances déjà nous brûlaient de leur soleil. La ville se défaisait, se muait en campagne; l'entrée de la propriété par les communs sentait les figuiers épanouis contre les murs chauds. On criait au cocher de faire attention aux enfants. Les cris des cousines nous accueillaient, leurs rires. De cette journée, chaque minute était si précieuse que nous perdions moins de temps que d'habitude à organiser les jeux. Nos cœurs battaient dans les greniers à foin autour desquels nous entendions les pas de ceux qui nous cherchaient. La collation de fruits et de confiture embaumait la fraîcheur dangereuse du fruitier. La table était mise dehors, mais il fallait attendre que la chaleur fût tombée. La lampe perpétuelle de la chapelle, lorsque nous passions en courant, nous rappelait la présence de Dieu. Ma grand'mère avait Dieu à sa portée dans un ancien pigeonnier trop étroit pour contenir tous les parfums des fleurs qui mouraient devant le tabernacle. Une religieuse au service de ma grand'mère, m'apparaissait comme une sorte d'intermédiaire officieux entre cette sainte femme et l'Être infini.

A l'intérieur de cette muraille de Chine qui entourait pour moi la Guyenne et la séparait du reste de l'univers, le catholicisme délimitait un autre monde hors duquel j'eusse perdu le souffle. Quels autres enfants furent plus que nous préoccupés par l'état de grâce? Et pas seulement en nous, mais chez les autres hommes: une de mes plus fortes impressions d'enfance m'est venue de cet usage des Bordelais de choisir, pour se livrer aux folies du carnaval, non les jours gras, mais le mercredi des Cendres (selon une vieille coutume qui exigeait qu'on allât faire maigre, le premier jour du Carême, à Caudéran, faubourg célèbre par ses escargots). En ce jour de pénitence, chaque masque était à mes yeux un homme dans l'état de péché. A la fenêtre, ou bousculé par la foule sur le cours de l'Intendance, les chars et les déguisements me passionnaient moins que le spectacle de ces êtres voués à une mort éternelle et dont les mufles de carton insultaient le ciel. Des hommes habillés en femmes relevaient leurs cottes et hideusement s'accroupissaient entre les rails du tramway. Des dominos entassés dans des victorias nous bombardaient d'oranges et roulaient vers Caudéran... (Caudéran! Caudéran! faubourg des masques, où pourtant mon pieux collège s'était lentement édifié parmi les grands arbres poussiéreux de Grand-Lebrun. Un omnibus me ramassait, dès six heures, sur le trottoir brumeux, devant la maison, et m'emportait vers le grand vaisseau de mon collège, immobile et tous feux allumés dans l'aube noire. Tous les jours, et même le dimanche. Rappelle-toi ces dimanches: messe de communion, grand'messe, catéchisme, réunion des congréganistes; puis, après le déjeuner, vêpres et bénédiction du Très Saint-Sacrement. Cela nous menait jusqu'à trois heures et demie; nous redoutions, les jours de corrida, de manquer le premier taureau. Le temps se voilait; l'orage n'éclaterait-il pas avant la course? Durant les vêpres, impossible, à travers les vitraux, de mesurer la montée de l'orage; nous savions seulement qu'il n'y avait plus de soleil...)

Mais il n'était pas que le mercredi des Cendres pour nous rendre sensible l'état de grâce et de péché. Sur la place des Quinconces, durant les foires d'octobre et de mars, les baraques louches nous émouvaient où, au-dessus de l'entrée, était inscrit un seul petit nom de femme. Et même sans aller jusqu'à rôder autour de pareilles abominations, restait le souvenir de ce théâtre de la Gaîté dont nous dûmes quitter en hâte la représentation de tableaux vivants à cause de celui que nous commentâmes longtemps à voix basse et qui représentait, disions-nous, “une femme qui regarde dans sa chemise”. Le manège-salon était aussi un lieu dont ceux de nos camarades que nous appelions les “sales types” nous racontaient les troubles joies; au cirque Plège, une danseuse inspira à plusieurs d'entre nous la plus vive passion; nos maîtres découvrirent sa photographie dans des lexiques.
Cette place des Quinconces, une foire, une exposition, un concours hippique presque toute l'année, l'encombraient. Ce n'était guère que dans les mois chauds que les Bordelais en pouvaient jouir. Rappelle-toi ces soirs de juin où, fuyant les maisons étouffantes, ils se suivaient à petits pas, à la queue-leu-leu, sur les trottoirs du cours de l'Intendance et sur les allées de Tourny. Comme dans le conte d'Edgar Poe, les murs surchauffés semblaient se rapprocher d'eux, les obligeait à choir sur des chaises de fer, au milieu des allées, dans l'attente vaine d'un souffle sur leur face transpirante. Mais toute brise était arrêtée par les collines au nord; et au sud, les Landes saturées de pollen soufflaient sur la ville une touffeur mortelle. Derrière les grilles du Jardin public, les épais marronniers nous attiraient, bien que l'immobilité de leurs feuilles, au vert décomposé par les globes électriques, rendît plus sensible cette absence de toute brise; l'odeur des tilleuls donnait soif. Sur la terrasse, devant les hôtels du dix-huitième siècle, là où un adolescent de marbre caresse une chimère, et dans cette allée qui longe les belles maisons Louis XVI de la rue d'Aviau, nous suivions des groupes altérés; les hommes tenaient leurs canotiers à la main et s'épongeaient; là-bas, dans l'île, la musique du 57e réveillait les cygnes. Quelqu'un croyait avoir senti un souffle sur son front mais n'en était pas très sûr. Aucun autre refuge, alors, que les Quinconces. L'immense place était presque déserte. On s'asseyait au centre, face aux colonnes rostrales. C'était par cette porte ouverte sur le fleuve qu'arrivait enfin le souffle; il venait de loin, il montait avec la marée du fond de l'Océan. Les soirs de lune, nous regardions glisser un voilier lent sur un fond de banlieue, d'usines et de coteaux. On rentrait dans les rues qui sentaient l'acide hippurique chaud. Le chocolat glacé de Prévost, une glace au café de la Comédie, étaient de petites joies sans proportion avec ce tourment de l'infini qui annonce l'approche de la puberté. Autour de la colonne des Girondins, des républiques mafflues sont à sec dans un bassin minuscule. Le théâtre de Louis est noir où, la saison finie, ne chante plus Mme Brégent-Gravière, ni Mme Fiérens, ni le ténor Scaramberg. Mais ces messieurs du Jockey ne tarissent pas sur une jeune débutante, Régina Badet, adorable dans la Zingara.

Ce fut aussi vers ce temps que je commençai de descendre les marches qui unissent la place des Quinconces au fleuve, et qu'à travers quelques poèmes je voulus aimer les vaisseaux. Dans mon enfance, je fuyais plutôt les quais boueux, les dockers farouches, et cette divinité glauque et souillée: la rivière, dont par le seul aspect je me sentais transi. Mon enfance, le plus loin possible du fleuve, se repliait dans les quartiers à l'intérieur de la ville.
Le plus loin possible du fleuve... Ce n'est pas beaucoup dire: Bordeaux est sans profondeur; la ville s'étire, immense façade, comme si toutes ses maisons souhaitaient de contempler l'autre rive; même dans le centre de la ville, vous apercevez toujours, à l'extrémité d'une rue, des agrès, une voile, des mâts; la nuit, des sirènes déchirantes réveillent en sursaut l'enfant, dans les quartiers les plus éloignés du port, appellent ses songes sur une eau noire et glacée.

Bien que plusieurs eussent autrefois navigué, ceux de mes grands-parents qui naquirent à Bordeaux avaient dirigé une raffinerie dans la rue Sainte-Croix ou vendu rue Saint-James, des draps et des châles de l'Inde. Les autres cultivaient leurs terres du côté de Langon, là où la Garonne n'est encore qu'une rivière modérée qui pressent à peine, aux heures de grandes marées, la vaste mer; d'autres encore se nourrissaient de gibier et de confit dans leurs métairies au fond des Landes. Plus campagnards que Bordelais, nous étions étrangers à cette race de négociants, d'armateurs, dont les nobles hôtels et les chais illustres sont l'orgueil du Pavé des Chartrons; —race pleine de superbe, dont on voit les fils triompher sur les courts du club Primrose ou se disputer la coupe aux régates d'Arcachon. Dans ces Anglo-Saxons de Bordeaux, le plus beau type du Nord survit à tous les croisements, et ils demeurent très différents du Bordelais pur: celui-là trapu, “pot à tabac”, noir de poil et de peau; en dépit du rasoir, une barbe drue dévore souvent le visage jusqu'aux admirables yeux d'antilope.
Une hérédité campagnarde peut-être explique ce malaise dont enfant et jeune homme j'ai souffert à Bordeaux et auquel, à Paris même, je n'échappe guère. N'incriminons pas la province et son ennui: entre Bordeaux et Paris, existe-t-il une différence essentielle? De degré, en tous cas, non de nature. Ce sont deux capitales: aux bords de la Garonne comme sur ceux de la Seine, une grande quantité d'hommes tiennent dans un petit espace. Le plaisir essentiel qui nous attache à la ville et qui est la vie de relations, les Bordelais le goûtent mieux peut-être que les Parisiens. S'il n'avait jamais vécu qu'à Bordeaux, Proust aurait pu écrire un livre pas très différent de Du côté de Guermantes. Le snobisme bordelais ne mériterait sans doute point une si subtile analyse, étant à la fois moins complexe que le parisien et d'un comique plus souligné. A Bordeaux, l'écart entre les prétentions des gens et leur valeur réelle frappe d'abord et prête à rire; à Paris, certaines circonstances, et par exemple la puissance d'évocation poétique contenue dans tel nom comme celui de Guermantes, peut faire quelque temps illusion à un Proust; mais à Bordeaux, de ce que les gens s'imaginent d'être (ou feignent d'être) et de ce qu'ils sont en réalité, émane un comique facile, souvent voulu par eux d'ailleurs, et qui saute aux yeux des moins prévenus.
Non pourtant que les gens du monde à Bordeaux soient en rien inférieurs à ceux de la capitale; pour être commerçante, leur aristocratie n'en est pas moins véritable, et même plus mêlée au réel, plus concrète, enfin plus vivante que celle de Paris; les maisons des négociants et des armateurs bordelais sont réellement des Maisons, comme on l'entendait dans l'ancienne France. Leurs membres ont conscience de jouer un rôle important dans la vie nationale: aristocratie active, aristocratie d'affaires dont la fonction est de recueillir, de soigner, de répandre à travers le monde ce que la France produit d'inimitable: les grands vins du Médoc, du Libournais et du Sauternais.

Le vin a fait de Bordeaux l'un des lieux du monde où l'on mange le mieux. A Bordeaux, le menu se crée autour du vin; pour que toute sa fleur s'épanouisse en nous, une bonne année d'un grand vin exige la complicité de tel gibier, de telle sauce. S'il existe ailleurs de plus “grandes gueules”, on n'en trouverait nulle part d'aussi fines. La noblesse de leurs vins oblige les Bordelais à des raffinements incroyables et, chaque fois qu'ils composent un repas, les force de retrouver les lois d'une harmonie préétablie. Et certes, pour leur intelligence du vin, pour cet amour qu'ils lui vouent, pour cette dévotion dont ils l'entourent, une profonde gratitude leur est due.

Pourtant, s'il n'existe pas d'aristocratie plus réelle que la bordelaise, ni plus utile, il n'en est pas non plus d'aussi comique. A Paris, les gens du monde se méfient; dans aucune autre ville, il n'en cuit autant d'être ridicule. Rien ne dresse mieux à la prudence que cette habitude qu'on y a de se moquer sans répit les uns des autres. Dans les salons parisiens, une race de moqueurs pullule dont quelques-uns ont du génie pour assommer les gens. Aussi les plus outrecuidants se tiennent-ils sur leur garde, les snobs ne se promènent pas à visage découvert. Il faut lire trois cents pages de Proust pour pouvoir décider si Mme de Guermantes est vraiment une femme remarquable ou, simplement, une sotte qui a du savoir-faire et qui s'est frottée à des gens d'esprit.
Mais à Bordeaux, les gens ne se méfient pas; ils sont épanouis; on n'a qu'à les regarder. Trop malins d'ailleurs pour n'avoir pas conscience de leurs tics et pour n'y pas ajouter: un Bordelais de la première société se trouvant avec un grand nombre de ses pairs dans un salon où naguère ils n'eussent pas voulu mettre les pieds, y prononça ce mot admirable: “C'est notre nuit du 4 août.” Qu'aucune autre ville commerçante n'aille prétendre qu'une telle parole aurait pu être inventée dans ses murs: Paraissez, Marseillais, Nantais et Rouennais, et tout ce que la France a produit de bourgeois!
Il existe à Bordeaux bien d'autres jeux que ceux du monde; et si je fus un garçon impropre aux divertissements, il n'en faut point accuser ma ville; de même qu'elle fut la première à reconnaître le roi, la première aussi elle accueillit le culte du nouveau dieu: le ballon ovale. Le soir où Bordeaux perdit son titre de champion pour le rugby, j'ai vu, sur les trottoirs de l'Intendance, des jeunes gens qui pleuraient. A la saison des matches de tennis au club Primrose, on ne trouverait pas une seule famille bourgeoise où quelqu'un ait le front de traiter d'un autre sujet. Pour ce qui touche à de moins innocents plaisirs, nul n'ignore que Bordeaux fut toujours une ville galante et qui ne cède à Paris que pour la vie nocturne: de mon temps, aucun bar n'y était ouvert toute la nuit; ville en somme inhospitalière aux noctambules. Les théâtres et les cinémas à peine fermés, plus personne dans les rues que des chats et des assassins; car les bas quartiers de Bordeaux ne sont pas, comme à Marseille ou à Toulon, ceux du port. Mériadeck s'étale en plein centre; à quelques pas de l'Intendance, la rue de Galles nous offre l'étrange aspect de sa faune: vieilles petites filles, poupées incassables, bébés jumeaux mal peints, bêtes roses dont on jurerait qu'elles ont sécrété leur coquille de pierre, à peine assez vaste pour contenir le lit et l'édredon rouge.

Pendant ma première jeunesse, en dépit de tous les plaisirs que j'y eusse pu goûter, je n'habitai Bordeaux que corporellement; au long de l'année scolaire, mon esprit ne quittait pas les campagnes de nos vacances et de notre joie. Et pourtant, quand j'erre aujourd'hui dans les rues de ma ville, de partout assailli, investi de sensations réveillées, je découvre cette atmosphère de poésie, dans laquelle presque à mon insu, j'ai respiré et je me suis mû: poètes et romanciers découverts à la porte du libraire Féret, en ce temps-là cours de l'Intendance, et surtout chez Mollat, le libraire des Galeries bordelaises; saisons pressenties, reconnues, savourées, à la couleur du jour et à l'odeur des rues. Pour moi, quelle pierre, ici ne se souvient du drame secret de l'homme qui se débat dans l'enfant: passions dont les moins exigeantes n'étaient pas l'amour de Dieu ni ce désir fou de pureté et de perfection intérieure; orgueil et honte d'être si différent, si indéchiffrable; timidité désespérée de l'adolescent qui a le sentiment de sa valeur presque infinie, mais qui découvre dans le même temps que cette valeur, parmi les hommes, n'a pas cours. C'est ici, dans les allées de ce Jardin public, sur ce trottoir de la rue Sainte-Catherine que sans amitiés, sans amours, sans direction ni conseils d'aucune sorte, je me suis gauchement constitué, que j'ai incorporé à mon être spirituel tant d'éléments étrangers dont plus jamais je ne me délivrerai; alors se prennent les faux plis que nous devrons garder jusqu'à la fin. Entre l'idéal de pureté, d'intégrité spirituelle et corporelle qui dès son enfance lui fut proposée, et cette loi du sang qu'un jeune être découvre soudain dans son cœur, dans sa chair, s'élargit un abîme sur lequel il flotte, aussi éloigné des saints que des charnels, —pauvre âme perdue pour Dieu, perdue pour le monde,— créature vraiment rejetée.
Le tragique de Bordeaux tient pour moi dans ce drame que j'y ai vécu, et qui est celui de quelques adolescences provinciales: une prodigieuse vie individuelle refoulée, sans expression, sans épanouissement possible. Au collège, dans la famille, je faisais partie d'un tout, je n'existais qu'en fonction d'un groupe. J'étais l'écolier puni parce qu'il refuse de jouer aux jeux communs et préfère, en dépit du règlement, les conversations particulières. Et de même, en famille, mes frères et moi appartenions à cette collectivité dénommée “les garçons”, comme on eût dit “les canards”. “Qui a cassé ce vase? Ce sont les garçons... M. l'abbé nous a débarrassé des garçons... il les a menés du côté de Tartehume...”
Avoir une chambre où j'aurais été seul! Ce fut le désir frénétique et jamais satisfait de mon enfance et de ma jeunesse: quatre murs entre lesquels j'eusse été un individu, où je me fusse retrouvé enfin. Celui de mes frères qui partageait ma chambre, sans doute en souffrait-il autant que moi, car nous étions arrivés à nous rendre presque invisibles l'un à l'autre, tant nous avions su délimiter nos domaines. Je me rappelle des mots bien inoffensifs qui m'atteignaient jusqu'au tréfonds: “Le règlement est fait pour tous... Tu n'es jamais comme les autres... Tu n'es pourtant pas différent des autres..., tu es fabriqué de la même pâte...”
Ce qui m'intéressait en moi, c'était justement ce qui n'était pas les autres. A la campagne, enfin, je me retrouvais: d'abord délivré du collège, puis, quoique je demeurasse incorporé au groupe dénommé “les garçons”, je pouvais mieux m'en détacher qu'à la ville. Assis sur un tronc de pin, au milieu d'une lande, dans l'étourdissement du soleil et des cigales, ivre à la lettre d'être seul, je ne pouvais pourtant pas supporter cette confrontation avec moi-même à laquelle j'avais tant aspiré, et ne me retrouvais que pour me perdre, pour me dissoudre dans la vie universelle.

Les mêmes campagnes où je reviens aujourd'hui ne sauraient donc éveiller en moi, comme fait Bordeaux, les sentiments d'un homme qui revoit la prison où, pendant des années, il étouffa. Certes, j'avais raison d'écrire que la ville où nous sommes nés et où nous fûmes enfant, est la seule dont nous n'ayons le droit de rien dire. Certains aspects de Bordeaux, les plus banals, les plus inoffensifs, ont à mes yeux un caractère, lugubre, tragique, incompréhensible pour tout autre que moi-même; par exemple ces longues rues qui se prolongent indéfiniment vers la banlieue, —rues de la Croix-Blanche ou du Tondu, rues du quartier Saint-Genès bordées de ces maisons sans étage que les Bordelais dénomment échoppes, —rues que je suivais dans les aubes pluvieuses vers mon collège et qui me rappellent aussi des retours de promenades, le dimanche, sous la surveillance d'un de ces excellents Marianites dont l'habit était une longue redingote noire et un stupéfiant chapeau haut de forme, tels qu'on n'en a plus revu depuis le ministère Combes, et qu'on n'en verra plus jamais.
Impossible de revivre dans cette ville; toutes les sont bloquées rues par mes chagrins d'enfant, par les souvenirs de mes joies pires que ceux de mes tristesses: musée funèbre de mon existence révolue! L'île du Jardin public me paraît à la fois sinistre et ridicule, comme les paysages que des coiffeurs romantiques composaient avec les cheveux des personnes mortes.

Mais dans les campagnes girondines, je ne me suis jamais interrompu de vivre; je n'en fus jamais déraciné. L'homme que je suis devenu vivait déjà dans l'enfant assis à ce même tournant d'allée où je m'arrête pour écrire ces lignes; alors comme aujourd'hui, j'écoutais le vent dans les pins, mais ne le sentais pas sur mon visage. Le vent d'équinoxe, arrêté par l'immense forêt odorante et chaude, ne se décèle qu'au glissement des nuages, qu'au balancement des cimes, à ce bruit de mer qu'elles font dans le ciel.
Bruit de mer? Telle est la comparaison accoutumée. Mais le vent dans les pins gémit moins sauvagement que l'Atlantique; il ne pousse pas ce cri d'un monstre aveugle et sourd; c'est une plainte éolienne, une plainte humaine; elle entre en moi qui suis immobile au milieu des arbres sans nombre; et mon être profond collabore à ce gémissement indéfini, comme si je n'étais qu'un pin entre mille autres et que le souffle envahit. Plus que par le bruit du vent, peut-être, le souvenir de la mer est-il ici éveillé par le balancement des cimes, —mâts géants d'une immense flotte ensablée.

Les propriétés où je vécus, enfant, et où je reviens encore, fixent les deux aspects essentiels de la campagne girondine: landes et vignobles; je ne me fais donc pas scrupule de les décrire ici; forêts et vignes, régions aussi différentes que peuvent l'être l'Italie et la Norvège, où pourtant ma race paysanne, qui n'a jamais bougé, mêle ses profondes racines. Enfants, nous ne connaissions guère que les landes; l'être collectif dénommé “les garçons”, et dont je n'étais qu'une parcelle, avait décidé que hors le pays des pins, du sable et des cigales, il n'était pas de vacances heureuses. A peine connaissions-nous la propriété de vignes que plus tard je devais tant aimer. Notre mère assurait que nous n'eussions voulu pour rien au monde du sort des malheureux enfants qui croyaient s'amuser à Royan, à Arcachon ou à Bagnères. Nous en étions nous-mêmes persuadés. Ainsi sont entrés en moi, pour l'éternité, ces étés implacables, cette forêt crépitante de cigales sous un ciel d'airain que parfois ternissait l'immense voile de soufre des incendies; alors les tocsins haletants arrachaient les bourgs à leur torpeur. Aussi brûlante qu'ait été l'après-midi, le ruisseau appelé la Hure, et ce qu'il traîne après soi de brouillards flottants et de prairies marécageuses, dispensait, le soir, une fraîcheur dangereuse qu'au seuil de la maison nous recevions, immobiles, et la face levée. Cette haleine de menthe, d'herbes trempées d'eau, s'unissait à tout ce que la lande, délivrée du soleil, fournaise soudain refroidie, abandonne d'elle-même à la nuit: parfum de bruyère brûlée, de sable tiède et de résine, odeur délicieuse de ce pays couvert de cendre, peuplé d'arbres aux flancs ouverts: je songeais aux cœurs que la grâce incendie et qui ont choisi de souffrir. C'est pourquoi l'automne dans la lande est un tel miracle; dans bien d'autres pays l'arrière-saison “fait saigner les feuillages, change en or sombre les fougères” (comme j'écrivais dans mes narrations qui avaient l'honneur d'être lues devant toute la classe), mais nulle part elle n'est, comme dans nos landes consumées, une telle libération; les palombes sous le trouble azur du mois d'octobre sont le signe qu'est fini le déluge de feu.
Alors, en dépit de la rentrée proche, je m'asseyais plein de joie sur le tronc d'un pin coupé; je songeais à ce Bordeaux où je serais dans quelques jours; mon cœur plein d'attente se tournait vers la ville. Ce que Bordeaux ne m'avait jamais donné, j'ai cru, à chaque rentrée, que j'allais le recevoir enfin. En nul autre moment la ville ne fut plus belle que dans mon cœur, au temps de l'équinoxe, alors qu'assis au milieu des bruyères, j'attendais les délices inconnues dont elle m'allait accabler; ses vieux quartiers vivaient en moi, avec leur atmosphère et leur odeur particulières; matins d'automne où, à l'angle de la place Pey-Berland et de la rue Duffour-Dubergier, une vieille femme offrait du “millasse” dans une “gydale” que recouvrait un linge blanc. D'autres vendaient des “castagnes bouillies tout caou” qui donnaient à la brume une odeur d'anis. La prodigieuse joie du temps de Noël et du Jour de l'an étincelait aux vitrines de l'Intendance, faisait couler dans l'étroite et bruyante rue Sainte-Catherine tout un peuple d'enfants heureux; des filles espagnoles aux larges hanches, escortées de ces frêles voyous qui ont, à l'oreille, un œillet, criaient: “Le Royan d'Arcachon!” et “la Belle Gravette!” (Ainsi les Bordelais désignaient-ils ces fraîches et amères petites huîtres du Bassin, dont nous ne goûterons plus jamais, car l'espèce en est perdue.) L'enfant se faisait une image charmante des rencontres sur les trottoirs larges, nets, luisants de pluie des allées de Tourny, et où jouent les reflets des magasins; des camarades lui souriraient, l'entraîneraient au café de Bordeaux, au Lion Rouge; il aurait sa part de leurs médiocres sabbats; il serait un de ceux avec qui aiment danser les jeunes filles, parce qu'elles les rencontrent avec des grues, qu'ils ont l'air vanné, et que chacune de leurs paroles a un sens obscur dont il faut démêler l'obscénité. Il ressemblerait à tous les garçons de son âge, dans ce cirque étroit limité par les Quinconces, le Jardin public, le cours de l'Intendance.
Il rentrait donc, un soir d'octobre, en proie au désir qu'allait assouvir la ville. Hélas! Bordeaux est ce port qui nous fait rêver de la mer, mais d'où l'on ne voit ni n'entend jamais la mer; et jamais les grands vaisseaux ne remontent le fleuve dont ils redoutent la vase. L'enfant s'enlisait aussi, dans quelles solitudes! Peu de visages, pourtant, sur l'Intendance, à l'heure de la sortie des bureaux, qui lui fussent étrangers. Mais ce qu'il savait de ces êtres, de leurs familles, de leur fortune, de leur métier, les lui rendait plus lointains. Chacun ici connaît son étiquette, son classement, sa vitrine. Aucune illusion possible; rien à attendre de personne.

Restait l'évasion. Ailleurs que dans ce Bordeaux, l'enfant eût-il aimé la poésie, la religion? Peut-être en aurait-il éprouvé un moindre besoin. Plus tard, les églises de Paris ne l'ont jamais retenu dans leurs ténèbres comme firent alors celles de Bordeaux; pas plus qu'il n'a éprouvé depuis, avec la même intensité, cette soif de lectures, ce besoin de substituer au réel l'univers des romanciers, ni cette exigence quasi physique de bercement, de rythmes.
Au retour de la Faculté des Lettres, il manquait rarement de traverser la cathédrale. Telle fut la place qu'occupa dans sa vie d'alors cette primatiale Saint-André, qu'il lui arrive aujourd'hui encore de s'étonner lorsque les spécialistes ne lui assignent pas un rang parmi les plus belles cathédrales de France. Peu lui importait que tant de styles y fussent confondus. C'était, en pleine ville, un lieu clos où l'atmosphère de la ville ne pénétrait pas; une terre étrangère où il était assuré d'avance de ne pas rencontrer tel ou tel; une nuit où, sans être taxé de folie, chacun était libre de risquer des gestes aussi extraordinaires que de joindre les mains, se mettre à genoux, cacher son visage ou le lever vers les voûtes. L'enfant s'asseyait dans l'immense nef unique, sans bas-côtés, au bout de laquelle le chœur s'élevait, si étroit, si mince, si pur, que sa grâce était comme féminine et d'abord faisait songer à la Vierge. Le bonheur que l'enfant goûtait là, peut-être était-ce celui de l'insecte qui se terre, et pour qui c'est une angoisse que d'être vu. Comment faire dix pas dans les rues de Bordeaux, sans rencontrer quelqu'un que l'on a déjà salué le matin même? Sans être hélé par un oncle, de la plate-forme d'un tramway : “Où vas-tu comme ça?” (Sans compter ceux qui vous diront: “Je suis passé à côté de toi. dans le Jardin public, tu ne m'as pas vu..., tu faisais des gestes..., tu parlais seul...”) A la cathédrale, il était naturel de parler seul; la prière est d'abord le droit de parler seul.
Une autre église ne dispensait pas à l'enfant les satisfactions de la solitude, mais il y goûtait au contraire une sorte de joie sociale: Notre-Dame, salon Louis XIV et Louis XV, paroisse des bonnes familles de Bordeaux, sanctuaire harmonieux, modéré, tiède en hiver, où ceux qui surent se composer une vie temporelle exempte d'inconfort, viennent aussi s'assurer une éternité bienheureuse. Messes de minuit à Notre-Dame! Jusqu'à onze heures, les domestiques veillent sur les chaises réservées. Toutes les bonnes familles sont là: dos d'astrakan des vieilles dames, carrures des maris qu'élargissent démesurément les pelisses, gosses faits en série, modèles réduits de leurs parents (cette petite fille aura le derrière placé trop bas comme sa mère). C'est l'Épiphanie de la bourgeoisie; les bergers sont revenus à leurs moutons; les rois? il n'y en a plus. Rien ne reste au Dieu de la crèche que cette sainte classe moyenne soucieuse de ne négliger aucun secours, de ne dédaigner aucune promesse, de ne courir aucun risque inutile, fût-il d'ordre métaphysique (n'empêche que ses fils ont su mourir à la guerre); race prudente, circonspecte, sage, dont toutes les polices d'assurances sont en règle pour le temps et pour l'éternité. Ce ne sont pas ceux-là qui d'abord furent appelés, les plus fidèles pourtant et tout de même aimés! Personne au fond ne choisit ses amis, n'a les amis qu'il souhaiterait d'avoir, personne: pas même l'Être infini. Mais rappelle-toi ces messes cossues, recueillies, cette atmosphère de dévotion riche, tandis que la maîtrise chantait: “ Une étable est son logement, un peu de paille est sa couchette...” et, si près de la Sainte Table et du festin mystique, les truffes dont toute la paroisse était embaumée.

De même qu'à la campagne, il avait rêvé de la ville, derechef l'enfant se réfugiait en pensée dans le pays des grandes vacances. Outre les Landes, sa famille possédait aussi un vignoble où il n'alla guère dans son enfance (les enfants bordelais professent qu'on s'ennuie dans les propriétés de vigne). Adolescent, il prit le pli d'y passer la saison chaude. C'est vrai que les vignes dépeuplent d'arbres la campagne et opposent à toute promenade, à toute chevauchée, leurs piquets et leurs fils de fer. Mais il suffisait à ce garçon d'une terrasse au bout de trois charmilles, et de cette plaine garonnaise à ses pieds où, immobile, il voyageait par les yeux. Là, il put descendre en lui-même, se regarder, soutenir son propre regard, se connaître enfin. C'est sur cette terrasse qu'il s'est évadé de sa chrysalide, formé, tel qu'il serait désormais: papillon, chenille ailée. Là aussi, pour la première fois, il reçut de la nature un secours effectif; et sans pose, sans littérature, non pour se satisfaire d'une attitude, il l'aima, se blottit contre elle, désira de s'y anéantir. Que de confusion dans un jeune être! Comme il est peu soucieux d'unité! Un enfant catholique et scrupuleux sacrifie à Cybèle et ne sait pas qu'il trahit son Dieu: Maurice de Guérin à la Chesnaie.

Notes et références

  1. Ces pages feront partie d'une collection à tirage restreint, intitulée les Pays de France, publiée chez Émile-Paul sous la direction de M. Jean-Louis Vaudoyer.

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Citer ce document

François MAURIAC, “Une enfance provinciale: Bordeaux (I),” Mauriac en ligne, consulté le 15 novembre 2018, http://mauriac-en-ligne.u-bordeaux-montaigne.fr/items/show/732.