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Les Fleurs sanglantes, par Mme J.-R. Lesclide
—Des ombres tremblantes, par Olivier Bag
—Les heures qui chantent, par L.-E. Mayniel
—Les glumes éparses, par Marcel Prouille
—Le rosaire des soirs, par Charles Batillot
—Sonnets païens, par Francis Latouche

Référence : MEL_0646
Date : 02/04/1910

Éditeur : Revue du temps présent
Source : 4e année, t.1, n°4, p.307-309
Relation : Notice bibliographique BnF
Type : Note de lecture
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Les Fleurs sanglantes, par Mme J.-R. Lesclide
—Des ombres tremblantes, par Olivier Bag
—Les heures qui chantent, par L.-E. Mayniel
—Les glumes éparses, par Marcel Prouille
—Le rosaire des soirs, par Charles Batillot
—Sonnets païens, par Francis Latouche

Les Fleurs Sanglantes[1]. —Mme J.-R. Lesclide n'a guère subi l'influence des poètes que notre génération a le plus aimés. Nous savons par une préface de J. Claretie qu'elle vécut dans l'entourage de V. Hugo.
Ses vers sont de circonstance; elle ne néglige aucune source d'inspiration et célèbre avec un enthousiasme continu: les victimes du dirigeable République, les religieuses de Pacy, le prince exilé Abou-Lahi, Félix Faure et Catulle Mendès. Ces sujets imprévus et divers lui inspirent des poèmes d'une valeur égale.
Mais on trouve dans Les fleurs sanglantes –(oh! ce titre!)– l'écho de deuils plus intimes et plus profonds. L'auteur y dédie ses poèmes les meilleurs à de chères mémoires. Un de ces chants funèbres est daté: Mai 1887... Comme c'est loin! et dans combien de cœurs cette jeune fille a dû mourir, depuis! –N'est-il pas touchant qu'après tant d'années, revive, même pour des inconnus, cette pure mémoire?
Telle est l'unique petite émotion, qu'avec un peu de bonne volonté, je recueille dans Les fleurs sanglantes. Il ne faut rien négliger.

Des ombres tremblantes[2]. –Voici les vers d'un tout jeune homme sensible à la poésie de certaines destinées, celle des servantes qui vivent et meurent dans la même maison –celle des vieilles filles, dont on sait vaguement qu'elles eurent des chagrins d'amour –celle des paysannes ridées qui, après des années tissées de petites misères et de grandes douleurs, attendent la mort sur un banc, devant une porte. Tout cela nous est confié comme à voix basse, en vers aux contours indécis, au rythme à peine indiqué.

..... Quand les sœurs menaient le couvent en promenade,
Avec un collégien à l'uniforme bleu
Galonné d'or, aux bruns et longs cheveux,
Elle échangeait de doux regards, sur l'esplanade,
Et le soir, dans son lit candide, à la lueur
Rougeâtre d'une très vacillante veilleuse,
Quand elle devinait le dortoir assoupi,
Elle lisait son cher Musset avec ferveur...
.....Et sans trop savoir qui (un prince? un maréchal?
Un artiste? Un savant?) elle aimait, elle aimait...
Elle admirait ses petits bras blancs et banals
Qu'elle couvrait de baisers furtifs et fiévreux,
Et s'allongeait le bistre de ses petits yeux...

Dès le premier mot nous savons de quel charme le poète s'enchante,

De quels vieux parfums son âme est composée,

et que Francis Jammes a sur lui une influence peut-être excessive. –Mais un écolier déjà sensible à cette simple et pure poésie de l’Angelus de l'aube... est marqué d'un signe d'élection. Déjà ses aînés lui prouvent qu'ils attendent beaucoup de lui –et André Lafon a écrit pour les ombres tremblantes une émouvante préface.

Les heures qui chantent[3].–Quand j'étais en classe de philosophie, on me donna un livre intitulé: Notions de paléontologie. Je ne lus pas le texte. Mais les images qui représentaient des animaux antédiluviens me séduisirent. Je ne me doutais pas alors que ces monstres inspireraient à M. L.-G. Mayniel des vers étonnants:

Dans les flots limoneux, éventré, pestilent,
Roule un ignanodon de taille gigantesque...
...Soudain un monstre étrange émerge de la mer,
C'est un plésiosaure...

Cela est au moins nouveau et divertissant. M. Mayniel passe ensuite au déluge et chante les grandes époques de l'humanité. On trouve l'éternel sonnet sur Néron (qualis artifex!) et celui qui célèbre Cleopâtre..... tout ce que peut écrire un admirateur des Trophées et aussi des Poèmes antiques et barbares; dans une seconde partie, le poète change d'instruments: il laisse le buccin et pince agréablement de la guitare. Il y a là de vieillottes romances qui ont bien leur charme et qui se devraient chanter sur l'air de Plaisir d'amour et de L'amour est un dieu trompeur, me dit un jour ma mère... –Mais toutes ces beautés ne sauraient me faire oublier les poèmes paléontologiques du début.

Les glumes éparses[4]. –Les deux premiers vers de ce petit volume expriment une étonnante vérité:

Tu trouveras ici, lecteur, quelques poèmes
Qui te plairont peut-être ou ne te plairont point...

Je n'oserais dire qu'ils m'ont déplu... Mais j'ai goûté surtout le dernier vers, isolé sur une seule page, en guise d’épode (il est vrai qu'il est de Victor Hugo):

Et puis brûlez les vers dont ma table est semée.....

Ah! oui! Le rosaire des soirs[5]. –Quelques-uns de ces poèmes ont été écrits sans doute au crépuscule, quand le poète hésite à demander la lampe –et que sa douleur éveillée dans l'ombre lui dicte des vers sans que presque il y pense:

La fin de la journée est grise. On se recueille,
On écoute mourir des rumeurs au lointain,
Un grand charme descend avec l'ombre qui vient,
Et le vent apaisé soupire dans les feuilles...

Voici donc un livre qu'en plusieurs endroits on peut aimer –encore que la personnalité du poète ne s'en dégage pas assez. On pourrait noter tous les auteurs qu'il aime et relever chaque influence. Il y a trop de vers fades et d'une écœurante douceur à la manière d'Albert Samain –qui fut un grand poète– mais dont certaines élégies rappellent douloureusement les mièvreries de Paul Delmet.

Sonnets païens[6]. –Païens, certes oui, et de la pire manière. Mais des visions aiguës, une préciosité trouble, un vocabulaire bizarre et cependant une forme harmonieuse et pure, tels sont les caractère essentiels de ces sonnets dont je ne peux rien citer: ce qui est tout dire... Le Sonnet initial est du malheureux Paul Roba:

Voyageur excédé d'un inlassable ennui
Funeste à ton repos et pour nous deux néfaste,
Dis-moi, cher exilé, sur la mer vide et vaste,
Trouvas-tu quelque part ton rêve épanoui?
Les cieux du Portugal dont l'azur éblouit
Comme des yeux d'amants que le désir dévaste
Ont-ils sollicité ton cœur fervent et chaste
Et parfumé pour toi leur amoureuse nuit...?
Je sais que nul baiser n'a satisfait ta bouche,
Epouse insatiable au vertige où tu touches
Par les poisons ardents qui t'ont fait surhumain...

Notes

  1. Un vol. Sansot, édit.
  2. Un vol. E. Gounouilhou, édit. (Bordeaux).
  3. Un vol. Lemerre, édit.
  4. Un vol. Edition de Chloé.
  5. Un vol. Chez Sansot.
  6. Un vol. Londres, Siegle, HIlland Co édit. –Paris, Messein et Vanier.

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François MAURIAC, “Les Fleurs sanglantes, par Mme J.-R. Lesclide
—Des ombres tremblantes, par Olivier Bag
—Les heures qui chantent, par L.-E. Mayniel
—Les glumes éparses, par Marcel Prouille
—Le rosaire des soirs, par Charles Batillot
—Sonnets païens, par Francis Latouche,” Mauriac en ligne, accessed October 16, 2019, http://mauriac-en-ligne.u-bordeaux-montaigne.fr/items/show/646.