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Adrien Mithouard, La terre d’Occident. Essais sur la formation française

Référence : MEL_0633
Date : 25/02/1919

Éditeur : Revue des jeunes
Source : 9e année, n°4, p.254-256
Relation : Notice bibliographique BnF

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Adrien Mithouard, La terre d’Occident. Essais sur la formation française

On étonnerait beaucoup de bonnes gens à Paris, en leur révélant qu'un auteur fort singulier dirige les débats du conseil municipal; et que cet administrateur soit aussi le poète de l’iris exaspéré voilà qui peut-être rendrait hésitants les suffrages des boutiquiers. Au kiosque où ils avaient accoutumé d'acheter leur Petit Parisien, jamais ils ne virent l’Occident, revue d'une périodicité incertaine, joie des lettrés, du temps que les occidentaux ne s'entretuaient pas et où M. Mithouard proposait, aux suffrages restreints d'un petit nombre d' initiés, une manière de philosophie du nationalisme.
De tous les ouvrages d'Adrien Mithouard, la Terre d'Occident me paraît celui dont l'approche, doit le moins effrayer les gens qu'intimide une œuvre hautaine. Sans doute est-ce là “une littérature de jardin fermé” comme écrivait Maurras, de Stendhal. Mais ici, la clef du jardin nous est dès le seuil, offerte par M. Raoul Narsy. Il n'est point de nationalisme plus intelligent que celui d'Adrien Mithouard ni qui mérite plus l'épithète d’”intégral” puisqu'il ne nous condamne pas à d'inutiles renoncements ni ne nous oblige, en haine du romantisme ou de l'impressionnisme, à brûler ce qu'en dépit de Maurras et de Lasserre, nous adorons.
Adrien Mithouard sait sur quoi fonder le goût de son cœur pour la France mère des cathédrales: ce grand amour a des raisons que sa raison connaît. Avec une tendresse subtile, ce géographe passionné interroge la terre maternelle, ses forêts et ses eaux. Les signes mystérieux que dessinent les méandres des fleuves et les boucles des rivières, il les déchiffre; il sait comme cette terre a pétri un peuple à sa ressemblance. Il nous la montre ainsi qu'une communion de paysage d'architectures et de cœurs. Il en écoute jaillir les sources, les clochers et le parler vivant et imagé de ses fils groupés par corporations et confréries. Ces pages écrites avant la guerre, qu'elles sont actuelles! Et comment entendre aujourd'hui, sans larmes de telles évocations:

... Sa plaine était située dans cette grande échancrure de la forêt de Villers-Cotterets qui avance, comme deux cornes sombres, ses lointaines lignes d'arbres. Sur tout le pays limité par cette fresque grandiose, on aperçoit ici et là de légers buissons; on approche et on découvre avec surprise une vallée silencieuse et sauvage qui va en rejoindre une autre et une troisième, vers de nouveaux petits buissons. Par contre, au fond de ces fraîches coulées de verdure, on ignore profondément la plaine supérieure, firmament de terre brune et de brume rose, Océan terrestre, qui est comme un autre ciel tourné en face du ciel. C'était sur le pays d'en haut que pâturait le troupeau d'Eloi. Cette grande terre là, il la connaissait comme on connaît sa mère, il en savait toutes les pensées, il en ressentait en lui tous les remuements, toutes les raisons, tous les moments et tous les instincts. N'en était-il pas né, ne couchait-il pas sur elle, ne s'endormirait-il pas en elle pour toujours? Il l'avait toute en lui et elle s'élargissait autour de lui de toute l'ampleur de sa grande solitude. De là l'air étrange qu'il en gardait à ses retours. Il avait toujours toute la plaine autour de son front.”

Lorsque le poète découvrait ce dernier symbole, prévoyait-il qu'un jour prochain, la plaine qu'il évoque entourerait réellement et corporellement de jeunes fronts glacés? Remercions-le d'avoir dressé devant nous une si belle image de cette Terre qu'il nous faut racheter au prix de ce que nous avons de plus cher au monde.

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François MAURIAC, “Adrien Mithouard, La terre d’Occident. Essais sur la formation française,” Mauriac en ligne, consulté le 15 décembre 2018, http://mauriac-en-ligne.u-bordeaux-montaigne.fr/items/show/633.