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Le Péril des ondes menace-t-il la littérature ?

Référence : MEL_1012
Date : 29/10/1938

Éditeur : Le Figaro
Source : 113e année, n°302, p.5 et 7
Relation : Notice bibliographique BnF
Type : Enquête
Version texte Version texte/pdf Version pdf

Le Péril des ondes menace-t-il la littérature ?

Enquête par Georges RAVON

Il m’est apparu de bonne heure que la radio éloignait maintes personnes des exercices, ou, mieux, des travaux de la lecture en absorbant d’abord une part de leurs loisirs et en leur faisant, ensuite, petit à petit, perdre l’habitude et même le sens d’un travail cérébral actif.
C’est en ces termes que M. Georges Duhamel s’exprimait, mardi dernier, à la séance publique annuelle des cinq Académies. Y a-t-il donc incompatibilité entre la radio et la littérature?
Nous l’avons demandé à quelques-uns de nos meilleurs écrivains, et s’ils pensaient qu’un auditeur promettait un lecteur nouveau ou représentait un lecteur perdu.
Voici les premières réponses qui nous ont été faites.

[…]
Question de races pour M. François Mauriac

M. François Mauriac est catégorique:
— Je n’ai aucun rapport d’ordre littéraire avec la radio. Dès que j’entends la voix d’un monsieur, je coupe…”
S’il n’a pas entendu la voix de M. Georges Duhamel, M. François Mauriac a, du moins, attentivement lu son discours et il en partage la rigueur:
— Oh! je ne nie pas l’utilité pratique, humaine, de la radio lorsqu’elle arrache à leur isolement les malades ou les vieillards… Mais, quant à moi, les seuls rapports que j’entretiens avec elle sont sur le plan musical. Rapports étroits et orageux, d’ailleurs. A la campagne, où, le soir, on a la chance de pouvoir atteindre les postes étrangers, je traverse en trombe les chansons françaises, assuré de trouver partout ailleurs du Bach, du Beethoven ou du Mozart, ou quelqu’un de ces opéras de Verdi ou de Donizetti, que j’aime beaucoup.
Car notre grande misère, à nous Français, c’est un nationalisme musical imbécile qui nous condamne à consacrer les rares émissions de bonne musique à la seule musique française. Il fut un temps où j’aimais Nuages, Fêtes, la Pavane pour une Infante défunte, Escales… Maintenant, je les fuis jusqu’en Angleterre, jusqu’en Allemagne, jusqu’à Oslo.
Au surplus, M. François Mauriac, qui note au passage son goût pour Gounod et pour Bizet, refuse à la musique moderne française toute vertu éducative, vertu qui doit être, selon lui, la vertu même de la radio:
— On ne convertit pas quelqu’un à la musique avec cette musique-là.
Puis un remords le prend:
— Sauf, peut-être avec Pelléas. Et on ne convertit non plus personne à la lecture par la radio.
D’ailleurs, pour ce qui touche les rapports de la littérature et de la radio… je ne les vois pas… La radio nous dispense d’aller à des conférences… Mais qui va pour son plaisir entendre des conférences? Et qui peut supporter d’entendre chez soi la voix intolérable d’un conférencier?
Ceux qui aiment les lettres et qui aiment la lecture sont d’une autre race que ceux à qui la radio suffit.
Constatons cependant que M. François Mauriac ne voit pas dans la radio un adversaire bien redoutable pour la littérature. Il la croit inoffensive:
— Si elle ne convertit personne à la lecture, elle n’en détourne personne non plus.
Et c’est l’auteur d’Asmodée qui conclut:
— Tout au plus pourra-t-elle détourner quelques spectateurs du théâtre.

[…]
Georges Ravon

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Georges RAVON, “Le Péril des ondes menace-t-il la littérature ?,” Mauriac en ligne, consulté le 17 janvier 2019, http://mauriac-en-ligne.u-bordeaux-montaigne.fr/items/show/1012.