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Le Centenaire de “Port-Royal” : Ce que Paul Valéry, François Mauriac et Jean Cocteau pensent de Sainte-Beuve

Référence : MEL_0204
Date : 23/10/1937

Éditeur : Le Figaro
Source : 112e année, n°296, p.5 et 7
Relation : Notice bibliographique BnF
Type : Enquête
Version texte Version texte/pdf Version pdf

Le Centenaire de “Port-Royal” : Ce que Paul Valéry, François Mauriac et Jean Cocteau pensent de Sainte-Beuve

II

…Poursuivant ses démarches, l’enquêteur veut se réconforter à présent par la considération que toute l’œuvre en prose de M. Paul Valéry –sauf les notes discontinues des cahiers intimes– fut exécutée “sur commande et sur mesure”, ce qui doit logiquement entraîner que l’auteur de Variétés se trouve mieux disposé que quiconque à traiter à l’improviste n’importe quelle question… Mais le voici fort ému d’être soudain élevé à la dignité de petite cause capable de ce grand effet: une réponse particulière de la rare machine-à-penser-en-beauté qui habite cette tête ravagée d’intelligence.

[…]
François Mauriac aime Sainte-Beuve et abhorre le jansénisme…

Aux cimaises du salon, des Dufresnes aux tons rares, un léger paysage de Lacoste, peint avec la lumière même du matin; la Tour Eiffel en pied dans la fenêtre ouverte. Et puis tout s’efface: apparition de M. François Mauriac.
— Excusez-moi! Je ne dispose que de quelques minutes. Posez-moi des questions précises…
Là, l’on s’excusait de manquer d’esprit. Ici, l’on manque de temps… Pauvres journalistes, navrés de tomber toujours mal! Heureux journalistes, qui finalement font tout de même leur miel!
Hâtons-nous donc:
Port-Royal… Lecture… Bénéfice?…
— Immense!
Et M. François Mauriac de me dévisager avec un certain étonnement, comme si la chose n’allait pas de soi.
— Pour moi, reprend-il, c’est là une des œuvres capitales du dix-neuvième siècle. Je suis frappé de voir combien on a peu ajouté à ce que Sainte-Beuve apporta… (Il me faut le constater malgré toute mon admiration pour l’abbé Bremond…)
— Le caractère humain, trop humain du critique?…
— Je ne partage pas du tout l’espèce d’antipathie qu’il inspire à beaucoup. Il a été plus intelligent que la plupart de ses contemporains… D’autre part, il y a là tout un drame spirituel dont on ne tient pas assez compte et l’affreuse attitude de la fin de sa vie représente beaucoup de souffrances…
— L’histoire d’Adèle Hugo…
— Ne m’intéresse pas. On a déversé à ce sujet une littérature démesurée. Il est impossible de juger un homme sur une aventure amoureuse. Cela vous échappe complètement. Et pour ma part, je répugne à m’en occuper.
— Le jansénisme…
— On me traite parfois de janséniste… Sans doute ai-je subi profondément, comme tous les catholiques français, l’influence de Port-Royal. (Prenez n’importe quelle vieille dévote de province: elle est janséniste !) Mais, cette influence, je l’ai subie comme un poison, et le jansénisme en tant que doctrine —et bien qu’il ait créé des états pathétiques qui me retiennent— je le repousse de toute la force de mon esprit, je le hais!
— Voyez-vous dans nos Lettres actuelles des types de jansénistes?…
— Je n’en aperçois pas.
— Bernanos ? Jouhandeau ?…
M. François Mauriac proteste:
— Mais ils ne le sont pas le moins du monde, monsieur!

[…]
Fernand Lot

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Citation

Fernand LOT, “Le Centenaire de “Port-Royal” : Ce que Paul Valéry, François Mauriac et Jean Cocteau pensent de Sainte-Beuve,” Mauriac en ligne, accessed January 23, 2021, http://mauriac-en-ligne.u-bordeaux-montaigne.fr/items/show/1004.